Mémoire 2015: Préserver et valoriser le bocage en Puisaye-Forterre

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Titre du mémoire: PRÉSERVER ET VALORISER LE BOCAGE: DU BOIS-ÉNERGIE EN PUISAYE-FORTERRE

Auteurs: Promotion 2014/2015 du Master DAIT- étudiants du stage collectif

Module Acteurs, Développement et Territoire

Conclusion
Comment imaginons-nous un système de production de bois énergie sur le territoire qui répondent aux besoins des habitants et respectent la ressource bocagère ?
D’après nos observations, le prélèvement global de bois sur le territoire de la CCPPF (du chauffage jusqu’au bois d’oeuvre) ne correspond qu’à 50 % de l’accroissement naturel des boisements. Il faut garder des précautions quant à l’interprétation de ce chiffre, tant certaines données sont masquées. Néanmoins nous pouvons dire que l’exploitation du bocage n’exerce pas à l’heure actuelle une pression sur la ressource et que celle-ci peut encore couvrir des besoins plus importants sans être mise en péril.
Cependant, certains modes d’exploitation semblent plus appropriés que d’autres. Produire de la plaquette selon un mode industriel classique conduit souvent à des pratiques forestières qui ne sont pas des plus recommandées. Soumis, pour sa survie financière, à une productivité importante et des coûts de production réduits, l’entreprise peut être tentée de réaliser des coupes à blanc, sur des milieux sensibles, ou par ailleurs travailler avec des engins lourds dans le sous-bois à des périodes où celui est particulièrement fragiles.
En revanche, travailler, pour la production de plaquettes, avec une multiplicité de sources sur le territoire permet une flexibilité de l’approvisionnement et de ne pas avoir à outrepasser le potentiel productif d’un peuplement particulier. Travailler avec des habitants du territoire impliqués dans le bûcheronnage et l’entretien permet, outre de profiter de leur sensibilité fine de l’état du bocage, d’apporter pour eux un revenu complémentaire, et une incitation à une plus grande attention encore à la vitalité de la végétation. Enfin, travailler en coopération, entre gestionnaires privés du bocage et collectivités territoriales dans le cadre d’une société d’économie mixte pour produire de la plaquette, permettrait selon nos estimations d’obtenir un produit à coût plus faible que sur le marché tel qu’on l’observe actuellement, et qui selon toute vraisemblance, est amené à augmenter.
Dans ce contexte, une communauté de communes semble avoir tout intérêt à se doter d’un panel d’outils de gestion adaptés, et d’être en mesures de fournir à ses habitants des informations régulières sur leurs possibilités à intervenir dans la filière.
Passé le constat d’une ressource qui semble répondre positivement à la viabilité d’une filière bois-énergie sur le territoire, la question s’est posé des modalités de la mise en marché par une collectivité d’une ressource détenue majoritairement par des gestionnaires privés. Il a été retenu que l’intercommunalité est une échelle cohérente pour penser une action concertée d’aménagement du territoire en faveur du maintien du paysage bocager. En revanche, la nécessité d’engagement d’une multiplicité d’acteurs, aux identités et fonctions plurielles, doit mener la Communauté de Communes des Portes de Puisaye-Forterre à se doter de structures adaptées. En ce sens, le Plan d’Approvisionnement Territorial, la Société Coopérative d’Intérêt Collectif apparaissent selon nous comme des outils cohérents pour le territoire. Ils répondraient à la fois aux inquiétudes concernant les modalités de gestion de la ressource, et aux interrogations concernant les modalités d’engagement des acteurs locaux. Ces outils proposés n’excluent cependant pas l’utilisation d’autres outils d’aménagement, tels que les PLU, Scot, qui sont déjà à disposition des collectivités pour envisager la préservation du bocage sous l’angle de l’aménagement du territoire.
La production d’énergie pose aux collectivités de nouveaux enjeux en rendant visible dans le territoire les moyens déconcentrés de leur production : de l’éolien au photovoltaïque et à toutes les échelles, structurant de nouvelles portions de l’espace perçu. Les choix des territoires inventent de nouveaux « paysages énergétiques » qui modèlent l’environnement et engagent sa gestion ; ils revêtent déjà un caractère patrimonial, fruit de leur irruption dans un paysage historique et social complexe. En Puisaye, et dans une moindre mesure en Forterre, ces nouveaux paysages peuvent être à nouveau le bocage. Patrimoine social et naturel, corridor dans et hors du territoire administratif, identité à l’échelle nationale, le bocage est déjà l’« objet social » décrit par P. Alphandéry et F. Pinton : objet d’action publique et fruit de décennies de gestion par les exploitants, il reprend à la lumière des enjeux écologiques et énergétiques un intérêt économique, un intérêt à être maintenu non pas pour le figer, mais pour dynamiser le territoire autour d’une gestion intégrée de ce bien commun.

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