Mémoire 2010 : Comment améliorer l’ancrage de Natura 2000 dans le territoire ?

Mémoire 2009-2010

Comment améliorer l’ancrage de Natura 2000 dans le territoire ?
Le cas du Mas de Londres, dans l’Hérault

Résumé

La mise en place de la politique Natura 2000 sur le territoire du Mas-de-Londres s’annonce complexe et délicate comme presque partout en France. Notre analyse suggère que les difficultés actuelles et à venir pourraient se situer à différents niveaux, tant sur le plan institutionnel que sur le plan social à l’échelle locale.

Entre les acteurs institutionnels tout d’abord, il existe un certain consensus sur le fait que Montpellier est au cœur d’un processus d’urbanisation touchant le territoire du bassin de Londres. Dès lors, la biodiversité peut apparaître parfois comme un enjeu secondaire, à associer à d’autres enjeux comme la modification des paysages, de la déprise agricole, etc. De plus, le déficit de participation d’une partie des acteurs institutionnels dans le processus de concertation autour de la démarche Natura 2000 reste un blocage potentiel à l’intégration de la biodiversité comme enjeu majeur. Car, à ce jour, chaque acteur institutionnel aborde le sujet « Natura 2000 » dans le territoire à sa manière.

Il apparaît que l’approche scientifique de Natura 2000, privilégiée à ses débuts, ne facilite pas le dialogue avec une population qui détient un savoir propre concernant son milieu, en fonction des usages qu’il en fait, mais aussi des différentes représentations qu’elle s’en fait. Sachant que la plupart des gens souhaite tout de même protéger son cadre de vie et ses composants, de manière générale, la sensibilisation et l’information devrait se concentrer essentiellement sur les espèces et habitats naturels sensibles, non valorisés par les habitants de la commune. Pour cela, Il convient de donner de la valeur à ce qui n’en a pas ou peu, aux yeux de la population.  Car, comme dirait Max Weber, « les valeurs et les normes correspondent à « des représentations de quelque chose qui est, pour une part de l’étant, pour autre part, du devant être, qui flotte dans la tête des hommes […] d’après quoi, ils orientent leur activité. »

L’enjeu de l’ancrage de Natura 2000 sur le Mas de Londres réside donc en grande partie dans la mise en cohérence des dialogues institutionnels, en passant par une vulgarisation de la démarche, une bonne articulation entre savoirs scientifiques et savoirs locaux, et enfin par une attention toute particulière portée aux valeurs des habitants. Car, il ne faut pas oublier l’esprit du sommet de la Terre de Rio, dont découle indirectement le lancement de Natura 2000 : les facteurs humains, tels que la culture, l’esthétisme, le patrimoine, ne sont pas moins importants que la biodiversité, ce sont mêmes les conditions de l’appropriation. En l’occurrence, il s’agit plus de trouver une cohérence ou un équilibre entre ces différentes valeurs et les impératifs de conservation, pourvu que la France ne soit pas forcée de laisser tomber la concertation, même coûteuse en temps et en moyens humains et financiers et peut-être contestable sur ses résultats, au profit d’une règlementation beaucoup plus stricte. La condamnation récente de la France par la cour de justice européenne pour avoir mal traduit la directive « Habitats » dans les lois nationales, notamment par rapport à l’innocuité de certaines activités traditionnelles comme la pêche et la chasse dans les sites Natura 2000, laisse entrevoir un possible durcissement des choses. Ceci pourrait remettre en question la contractualisation dans le domaine environnemental, et tout le travail déjà réalisé en matière de concertation.

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